'Rien n'est si désagréable que d'être pendu obscurément' Voltaire

 

L’amitié franco-allemande...

...une responsabilité historique

Par Médéric L. Pascal

 

 

Valéry
Giscard d'Estaing

Helmut Schmidt

 

Helmut Kohl

François
Mitterrand

 

...

 

Angela Merkel

 

Lors d'un discours 1 très applaudi au forum mondial de l'économie à Davos, le Chancelier allemand a fait preuve d'un volontarisme et d'une détermination pour l'Allemagne, et pour l'Europe, qui tranche avec les discours pessimistes de certains théoriciens du déclin de notre 'vieux' continent. L'accent mis sur la liberté et la créativité aura été particulièrement apprécié par l'auditoire du jour. L'ambition affichée était claire: de refaire de l'Allemagne l'une des trois nations les plus innovantes, les plus créatrices d'emplois et de richesse du continent Européen, lequel dans le même temps sera redevenu un acteur majeur de l'innovation et de l'économie mondiale des savoirs et de la connaissance, nothing less! De quoi relancer la machine Européenne, non ?

 

Si le discours du Chancelier allemand a été fort apprécié par le gratin de l'économie modiale, l'association dans un même discours d'une référence à la "responsabilité au sein de l'Europe" de l'Allemagne en tant que "plus grande économie européenne" à une volonté revendiquée par Angela Merkel de s'attaquer à la bureaucratie européenne ou encore de "paver la voie" pour l'avenir des institutions de l'Union pourrait faire grincer quelques dents en Europe, à commencer par celles des commissaires européens, grands ordonnateurs en chef de la bureaucratie européenne. Mais au delà du cercle des fonctionnaires européens l'ambition politique sous-jacente à cette reprise en main des affaires européennes par l'Allemagne, ou du moins à son initiative, ainsi que l'assurance grandissante que manifestent ces dernières années ses dirigeants sur la scène internationale pourraient également signifier la fin d'une période de repentir pour l'Allemagne, plus de soixante ans après la fin du conflit meurtrier qui a longtemps pesé sur ses épaules. Si tel était le cas, l'équilibre et la répartition tacite des rôles au sein du couple franco-allemand pourrait être remis en cause. Le risque serait alors que l'un des principaux ciments de l'Union européenne ne s'effrite à son tour, menaçant un peu plus la cohésion d'un édifice déjà mis à mal par le rejet du projet de constitution par les Français et les Néerlandais.

La construction européenne n’est pas une utopie. Elle est une réalité, le fruit de cinquante années d’effort sur les « ego » nationaux pour sortir notre continent des ses luttes fratricides et des destructions qui les ont accompagnées tout au long des siècles de notre histoire. Personne ne niera le poids de l’Allemagne dans l'Union avec ses 82 millions passés d’habitants, son économie robuste et son industrie tachant toujours de résister et demeurant particulièrement compétitive sur les hautes technologies – et qui ne manque d’ailleurs de nous rappeler que notre richesse, la richesse des pays industrialisés de notre continent, cette richesse s’est faite par l’industrie, autrement dit non par la production de biens mais par le travail.

Cependant il ne faut pas oublier que l’Allemagne ce n’est pas l’Europe ou, si l’on préfère, que l’Europe ce n’est pas l’Allemagne. Il serait dangereux de laisser s’installer outre-Rhin cette idée qui semble y poindre à l’heure actuelle que c’est à l’Allemagne de prendre les choses en main après que les Français et les Néerlandais ont pris un peu de recul et ont semblé dire : pouce !

La volonté de relancer la construction européenne et l’Union politique est tout à l’honneur du Chancelier allemand Angela Merkel et ce n’est pas à elle qu’il faut adresser nos reproches. Ce n’est pas non plus au peuple allemand à qui il est bien naturel de défendre un germanisme moderne comme il est naturel que nous défendions la francophonie ou que les Britanniques défendent la culture anglophone.

Si nous devons adresser des reproches à quelqu’un c’est à nous-même qu’il nous faut nous en prendre. Il est de notre responsabilité d’être présent sur la scène internationale et sur la scène européenne et il est de notre devoir de rappeler que l’Union européenne a pour vocation de réunir tous les européens au sein d’une structure pleinement démocratique et qui respecte toutes les cultures nationales européennes. L’Europe n’est ni française, ni allemande, ni britannique, l’Europe, si vous me pardonnez cette tautologie, est et ne peut être qu’européenne.

Il serait extrêmement dangereux de laisser s’installer à nouveau des ambitions de domination nationaliste au sein de l’Europe. C’est le bien de tous, le bien de tous les citoyens de l’Union européenne, qui doit être au cœur de l’Union et c’est pour cela qu’il est temps de dépasser la logique de coopération internationale qui a certes permis les réussites de la Communauté européenne mais qui laisse aujourd'hui trop de champ à de telles tentations nationalistes. Il est temps de franchir le pas d'une vraie Démocratie européenne centrée sur les attentes de ses citoyens.

Devrons-nous abandonner nos identités nationales pour autant et nous fondre, nous diluer, dans un magma pan-européen sans âme et sans culture comme l'avancent certains prophétes de la nouvelle apocalypse ? Non, car une telle conception de l’Europe échouera demain tout aussi surement qu'elle n’a cessé d’échouer au fil des siècles. Les cultures européennes nationales sont indépassables, sont insurmontables et elles sont en vérité d’aussi précieuses richesses pour l’Europe et pour l’Union que le chemin que nous avons parcouru ensemble depuis cinquante ans.

Mais prenons garde qu’elles ne servent pas de prétexte à l’anéantissement de ce nouveau joyau qu’est l’émergence d’une Union politique, apaisée et respectueuse des peuples et des citoyens d’Europe ! Ne laissons pas les tentations nationalistes, les ambitions nationales ou personnelles prendre le dessus à un moment aussi critique et pour ce faire n’oublions jamais ce qui a été le moteur, le garant, de toute la démarche commune qui est la nôtre depuis 1957 : la réconciliation et l’amitié franco-allemande.

Aucune avancée n’a été possible sans une entente préalable entre nos deux nations. Ce qui était vrai hier le reste aujourd’hui : sans la dynamique d'une amitié franco-allemande pleinement retrouvée, l’Europe s’enfoncera dans la crise.

Nous avons bien sûr d’autres partenaires – parmi lesquels il faut naturellement compter les britanniques et leur irremplaçable pragmatisme – mais nous n’en n’avons pas de meilleurs et de plus solides que nos amis allemands. L'amitié franco-allemande est un atout précieux, et non seulement pour nos deux nations mais bien aussi pour l'Union européenne toute entière. Aussi nous appartient-il de tout mettre en œuvre pour la préserver intacte.

Le couple franco-allemand n’est pas une option de l’architecture européenne, il en est la clef de voûte. Un juste équilibre entre nos deux visions et des initiatives communes où chacun fait des concessions à l’autre sont indispensables au bon développement de l’Union politique. L’Allemagne ne peut prétendre détenir tous les pouvoirs à un même instant, la France ne peut prétendre concevoir seule les nouvelles institutions ou nouvelles politiques de l’Union. Il est temps de nous retrouver et de construire ensemble une Union politique équilibrée, pragmatique et tournée vers le bien de l’ensemble des citoyens européens. La démocratie et la liberté sont les principes sur lesquels notre civilisation est assise, elles sont nos valeurs communes, et il est temps que l’Union européenne les reflète, les défende et en apporte témoignage au monde. L'Union européenne peut et doit être le vecteur de notre message universel à son endroit: un message de paix, de liberté et de démocratie. Repartons de l'avant, Français et Allemands côte à côte. Et que ceux qui en Europe se reconnaissent dans ces valeurs nous suivent non, plutôt, nous accompagnent!

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1. Retrouver l'intégralité de son intervention en anglais (lien direct ici) sur le site du gouvernement fédéral : http://www.bundesregierung.de/.

 


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© Hidepark21 Publications, janvier 2007